Les Jardins de Courances (1re partie)

par Céline (admin)
Le château de Courances

Il était une fois un château en Gâtinais, à 50 km de Paris, dont le parc reflète cinq siècles d’Histoire à travers des jeux d’eau et de perspectives. Deux heures de balade ne sont pas de trop pour découvrir cet ensemble unique et majestueux, tant on s’y sent bien. Nous sommes, d’ailleurs, invités à fouler le parc pieds nus pour en ressentir toutes les vibrations.

J’ai découvert le château de Courances et son parc un peu par hasard. En effet, dans mon programme de la journée, je voulais visiter le château de Fontainebleau et ses jardins, notamment le théâtre impérial récemment rénové. Après avoir été occupée toute la matinée, j’ai dû renoncer au parc anglais qui venait de fermer à cause d’un avis de tempête. Qu’à cela ne tienne, j’allais bien trouver autre chose à visiter avant de rentrer et me voilà partie pour Courances.

Après la traversée de champs à perte de vue, sur des routes néanmoins sinueuses, (je suis Gâtinaise d’origine, donc les champs de blé avec seulement de temps à autre un bosquet qui semble perdu, me sont familiers) j’arrive au village de Courances. Dès l’entrée, le ton est donné. Un ballot de paille avec une bâche où est écrit « Pour un sol vivant » me fait penser que finalement je ne suis pas venue ici par hasard…

Eh oui, Courances est plus qu’un château. C’est tout un territoire qui est en marche pour une sacrée révolution aux portes de la Beauce, le grenier de la France. Il y a tellement de choses à dire que je vais séparer l’article en deux parties. Dans ce premier volet, on s’intéressera au château et à son parc et dans le deuxième, au projet plus large des Jardins de Courances.

L’histoire du château de Courances

Au commencement

Au commencement, comme dans beaucoup de domaines, il existait une seigneurie de Courances dont les premières mentions remontent au XIIIe siècle. Mais ce n’est qu’au XVIIe siècle que le château actuel vit le jour et plus précisément en 1630, avec la famille Gallard. Le parc, quant à lui, a commencé son aventure dès le XVIe siècle au moment de la Renaissance française, qui vit naître les « jardins d’eau ».

C’est d’ailleurs une allée bordée de platanes simples et doubles que l’on découvre, quand on passe devant le portail de la propriété. Elle représente un premier élément d’un ensemble plus important fait de sources, de niveaux d’eau et de perspectives.

L’abandon

Passé par mariage dans la famille des Nicolaÿ, le château traversa non sans mal la Révolution française qui fit décapiter le propriétaire et son fils aîné. Revenus en France (après avoir émigré en Italie) pour défendre la reine Marie-Antoinette lors de son procès, ils y laissèrent la vie. Théodore de Nicolaÿ, autre fils, légitimiste (favorable au retour de la royauté en France), partit en Suisse en 1830 laissant le château à l’abandon jusqu’à sa mort en 1871.

La renaissance

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Après 42 ans d’errance, le château a vu un arbre pousser dans le salon et ses toits s’écrouler. En 1872, c’est Samuel de Haber, ancêtre des propriétaires actuels, qui en fit l’acquisition. Il contribua à le restaurer et lui donner son allure actuelle. On lui doit, notamment, avec l’aide de l’architecte Hippolyte Destailleur, ce style Louis XIII, fait de briques et de pierres ainsi que l’escalier en fer à cheval, qui n’est pas sans rappeler son illustre aîné du château de Fontainebleau. Le parc, quant à lui, ressemblait alors à un vaste marécage.

De nos jours

Le château a continué de vivre au rythme des périodes les plus sombres de notre Histoire. Pendant la guerre de 14-18, il fut transformé en hôpital militaire. Pendant la seconde guerre mondiale, il connut l’occupation allemande puis américaine jusqu’en 1954. Repris en main par Jean-Louis de Ganay (ingénieur agronome) en 1946, il abrite aujourd’hui quatre générations de Ganay. Vous l’aurez compris, ce château est privé et encore habité. Néanmoins, il est possible de le découvrir partiellement lors de visites guidées.

Le château n’est pas à dissocier de son parc dont l’ancienneté de plus de cinq siècles est un véritable joyau fait de vert et d’eau.

L’histoire des jardins

L’histoire des jardins d’eau

Ce parc est vraiment impressionnant par les surprises et les perspectives qu’il offre. Je l’ai visité après un été caniculaire et il ne semblait pas avoir souffert le moins du monde tant l’ensemble était resté vert (la vérité était certainement différente…). Le jardin d’eau naît à l’époque de la Renaissance française, moment où la nature devient partie intégrante du château comme une prolongation de l’intérieur.

Chaque génération de propriétaires a apporté sa pierre à l’édifice contribuant, néanmoins, à un ensemble cohérent et harmonieux.

Fort de 14 sources jaillissantes à travers la tête de dauphins à bouche béante, appelés les « gueulards », ce parc de 75 ha offre 17 pièces d’eau entourées de bois. L’ingéniosité de l’ensemble réside dans un savant jeu de niveaux sans artifice mécanique ! Pourtant, tout s’est construit petit à petit, avec tout d’abord l’allée d’honneur dont les platanes simples et doubles furent plantés en 1782. J’ai adoré ces platanes qu’on attend droits et fiers et dont certains ont préféré jouer avec le vent pour donner des courbes improbables et néanmoins pleines de charme ! De plus, le gros platane, derrière le château, de son petit nom Samuel, a été planté à la même époque. Cependant, il a grandi de façon isolée, ce qui lui donne une tout autre allure. Il bénéficie, d’ailleurs, du titre d’arbre remarquable depuis 2015.

Découvrez ci-dessous les différentes configurations du jardin au cours des siècles.

L’histoire du jardin japonais

Le jardin japonais, petit bijou coloré, à proximité de la Foulerie transformé en salon de thé à la même époque, termine ma balade. La foulerie, pour l’histoire, est l’ancienne bâtisse où l’on filait le chanvre pour en faire des cordes.

C’est Berthe de Ganay (petite-fille de Samuel de Haber) qui initia le jardin autour d’une pièce d’eau un peu encaissée.

Abandonné à la sortie de la seconde guerre mondiale, Philippine de Noailles, l’épouse de Jean-Louis de Ganay, contribua à le faire revivre. Cet espace petit et dense est entretenu uniquement à la main. Nous ne pouvons l’observer que de l’extérieur, l’intérieur étant préservé d’une affluence trop importante qui mettrait en péril les plantations. Mais pas d’inquiétude, le spectacle est tout à fait saisissant. Voyez par vous-même :

Courances dans l’Histoire

Tout cet ensemble est entretenu par 4 personnes et depuis 2012 plus aucun produit phytosanitaire ne vient polluer l’endroit. Quant à l’eau, elle se régule grâce aux carpes végétariennes du fleuve Amour en Mongolie. Jean-Louis de Ganay a souhaité simplifier l’ensemble pour un entretien moins contraignant : les allées de gravillons ont été remplacées par des pelouses et les arbres ne sont plus taillés en rideau, ce qui donne au site un air contemporain et proche de la nature. C’est, d’ailleurs, ce que revendiquent les propriétaires :

Œuvrer avec la nature plutôt que contre elle.

C’est dans ce même courant de pensée que Valentine de Ganay, fille de Jean-Louis, a décidé de reprendre la gestion des terres agricoles appartenant à la famille. En effet, Courances s’inscrit dans un territoire beaucoup plus vaste que les 75 ha du parc. Au cœur du parc naturel régional du Gâtinais, ce sont près de 1 800 ha faits de champs et de bois, 2 châteaux et leur parc, Courances et Fleury-les-Bières, que se partagent les 10 cousins de Ganay. La particularité de cette terre aux portes de la Beauce est qu’elle porte une agriculture de conservation et biologique. Retrouvez cette incroyable aventure dans l’article : Les jardins de Courances (2e partie).

Pour finir

Quelle magnifique surprise que la visite de ce parc ! Quel que soit l’endroit que l’on regarde, nous sommes émerveillés. C’est un lieu magnifique pour les amateurs de photos et les peintres. Ce fut un tellement beau souvenir que j’utilise désormais une photo du château et son parc pour illustrer Patrimoine Permaculture etc.

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