La renaissance de la Villa Perrusson

par Céline (admin)

Il était une fois une maison de famille, reflet de la réussite fulgurante d’un nouvel entrepreneur en pleine révolution industrielle. Au cœur du territoire creusotin, on imagine cette époque grise au milieu de l’industrie lourde et aux longues cheminées recrachant la fumée noire du charbon digéré. La villa, elle, rayonne de couleurs chaudes et fleuries comme un catalogue ouvert pour les nombreux notables du moment en quête de céramiques colorées et originales. Elle se niche  à Ecuisses en Saône et Loire entre le canal du centre et de la ligne de chemin de fer.

Bourguignonne depuis maintenant 17 ans, La région du Creusot rime avec l’industrie lourde à l’image du marteau pilon emblème à l’entrée de la Ville. Marquée profondément par la famille Schneider et la sidérurgie, cette industrie a vu également naître de nombreux autres métiers et usines en plein cœur de la révolution industrielle du XIXème siècle. L’usine Perrusson ajoute de l’ocre et de la couleur dans le paysage gris de la métallurgie.

L'usine Perrusson

La Famille Perrusson

A l’origine, une famille de Bateliers

A l’origine, la famille Perrusson était loin du monde industriel. Ils œuvraient en tant que bateliers sur le Canal du Centre. Cette voie de navigation leur permettait d’être aux premières loges pour apprécier la danse des marchandises en pleine première révolution industrielle. Ce sens de l’observation combiné à un sens entrepreneurial certain, donne l’occasion à Jean-Marie Perrusson de se lancer dans l’aventure industrielle et plus précisément dans la céramique.

Médaillon de Jean-Marie Perrusson
Médaillon de Jean-Marie Perrusson
Le canal du centre

Le canal du centre a été construit entre 1783 et 1793 par la volonté des États de Bourgogne sur le projet de son ingénieur en chef Émiland Gauthey, personnage important dans la région. Il permet de joindre la Saône à Chalon-sur-Saône et la Loire à Digoin. Sa construction a mis en évidence un gisement d’argile qui servira de matière première à l’usine Perrusson.

Vers un avenir industriel

Face à l’explosion des demandes en céramique, Jean-Marie Perrusson connait une aventure industrielle faste et reconnue. Sa villa construite juste à côté de l’usine d’Ecuisses démontre la réussite professionnelle et sociale de ces nouveaux riches, dont la maison est un catalogue à ciel ouvert de leur production et savoir-faire. Rien n’est laissé au hasard. Chaque argent investit doit servir une rentabilité.  Outre le marché porteur, c’est bien cet esprit entrepreneurial qui permettra à la famille de prospérer de nombreuses années avec une présence marquée à l’exposition universelle de Paris en 1889 et une renommée nationale.

Perrusson et Desfontaines souhaitaient maitriser tous les maillons de la chaine de production. Ils possédaient donc un bâtiment Forges et Menuiseries qui fabriquaient tous les outils, les moules nécessaires à la production des briques et autres céramiques décoratives

L'usine Perrusson

De même, les briques, tuiles défectueuses n’étaient pas jetées. Elles servaient alors à la fabrication de murs comme on peut le voir encore maintenant. Ces industriels maitrisaient pratiquement tout le cycle de vie de l’argile.

La villa Perrusson dans l’histoire industrielle de la région

Son histoire

Jean-Marie Perrusson commence l’aventure de la céramique en 1860 avec tout d’abord la construction d’une briqueterie puis assez rapidement ensuite d’une tuilerie et enfin d’une usine de céramique et statuaire décorative. Ses usines se situent pour trois d’entre elles en Saône et Loire et une dans le Cher et en Charente.

La villa est construite aux abords de l’usine d’Ecuisses et surtout aux abords de la ligne de Chemin de fer. Elle fût construite en 1869 et ne présentait alors que la partie gauche. La partie de droite viendra plus tard en 1895 avec son gendre Desfontaines. L’entreprise prend alors le nom de Perrusson fils Desfontaines pour se transformer par la suite simplement en Perrusson-Desfontaines.

Une maison vitrine

C’est donc la branche Desfonstaines qui fit construire la partie droite de la Villa. Malgré sa position au nord, la maison nous présente une façade richement décorée voir exubérante avec de larges ouvertures.

Pourquoi ?

Tout simplement car à quelques mètres de là passe le chemin de fer depuis lequel les voyageurs peuvent admirer le savoir-faire des céramiques Perrusson. Ses façades originales marquent les esprits et c’est également ce sens de la communication qui jouent un rôle important dans la réussite de l’entreprise. A contrario, la façade Sud, que l’on imaginerait aisément ouverte sur l’extérieur est pleine et d’une sobriété contrastante. En effet, cette façade donne sur l’usine, or les ouvriers connaissent leur production et n’ont pas besoin d’être charmés.

Les clients cibles de l’usine ne sont pas seulement de riches notables. Pour les céramiques colorées certainement mais c’est différent pour les briques et les tuiles qui s’offrent à un marché plus large.

Le jardin à l’anglaise

L'usine Perrusson
L'usine Perrusson

Le jardin présentait des essences rares et romantiques dans un parc à l’anglaise propre au XIXème siècle. On pouvait y découvrir un bassin d’eau, une ancienne glacière (il était très chic à l’époque de proposer des sorbets aux invités), un potager, une orangerie et des écuries, elles-mêmes ornées de céramiques.

Comme beaucoup de domaines à cette époque, la villa Perrusson pouvait vivre en autarcie.

La villa Perrusson, désormais un éco-musée

La fin d’un cycle

Les usines Perrusson Desfontaines ont connu un démarrage fulgurant dans une France avide de ces nouveaux matériaux de construction et de décoration. Au plus fort de leurs activités, elles comptaient près de 750 ouvriers faisant vivre de façon confortable tout un territoire.

Cependant, un siècle après le début de cette aventure, l’usine d’Ecuisses ferme ses portes en avril 1960. De nombreux bâtiments sont alors détruits et seuls les bâtiments des bureaux, la conciergerie et les vestiaires subsistent nous offrant un aperçu de la grandeur d’antan. La demande des français d’après-guerre a considérablement chuté au profit du béton et du fer.

La villa est, quant à elle, vendue à deux frères ennemis qui firent construire un mur à l’intérieur de la maison et une haie en plein milieu du jardin pour rester chacun chez soi.

Vers un renouveau

En 2001, la villa Perrusson Desfontaines est classée à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques. Elle devient propriété de la communauté urbaine Creusot-Montceau qui entreprend de réhabiliter l’ensemble au sein de son écomusée, seul vestige d’un héritage industriel certain.

Les jardins ont été réhabilités en 2014 et 2016 avec la remise à jour du bassin d’eau offrant à la villa son miroir d’eau. Ils ont également planté de nouveaux arbres comme un cyprès chauve et un séquoia qui deviendront à leur tour des arbres remarquables. Les écuries ont elles été vendues dans un lot immobilier différent.

L’extérieur de la maison a également été rénové, nécessitant parfois de reconstruire des moules et l’utilisation de pas moins de 8 tonnes d’agiles !

L’intérieur de la maison est actuellement en complètement rénovation également, depuis sept 2019. Elle accueillera des expositions permanentes et temporaires. Néanmoins, le jardin ouvre déjà ses portes à des présentations d’artistes, comme actuellement l’artiste céramiste Pablo Castillo qui ponctue le jardin de créations de sculptures d’enfants ouvriers de la grande époque pour rappeler aussi que sans ces nombreuses familles ouvrières, l’entreprise Perrusson n’aurait certainement pas connu cette gloire.

Pour finir …

Quand on arrive à Ecuisses, on longe le canal et notre œil est attiré par ces petites maisons qui font face au canal et qui présente sur leurs toits des tuiles peintes et colorées. Et c’est arrivant devant la villa que l’on comprend aisément la provenance de ces touches de couleur, démontrant ainsi que la villa Perrusson est plus qu’une maison mais l’héritage d’un patrimoine industriel en plein essor au XIXeme siècle. Le potager quant à lui mériterait de trouver un maraicher permaculteur pour de nouveau le rendre productif tout en étant un lieu de transmission !

Pour en savoir plus …

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